Faire de la cuisine constitue-t-il / peut-il constituer un acte artistique ?

Faire de la cuisine constitue-t-il une activité artistique ? Mhmmm, oui et non, enfin ça dépend : de l'intention, des circonstances, des lieux où ça se passe, de l'avis de personnes autorisées,...

C'est ce que précise une lettre ministérielle datée du 07 avril 1981 - Ministère de la santé et de la sécurité sociale, Ministère de la culture et de la communication, Direction de la sécurité sociale, Délégation de la création, aaux métiers artistique et aux manufactures, relative aux critères d'affiliation au régime de sécurité sociale des artistes auteurs d'oeuvres graphiques et plastiques.

Lorsque Tirkrit Tiravanija met en oeuvre Soup/No Soup, un projet qui transforme la Nef du Grand Palais en un gigantesque banquet dont le menu consiste en une soupe Tom Ka, et ce pendant douze heures, il y a oeuvre, au sens où "si la création d'oeuvres d'art originales au sens du code général des impôts est un élément important à prendre en considération pour la détermination du droit de l'auteur d'oeuvres graphiques et plastiques à bénéficier du régime de sécurité sociale des artistes auteurs, cet élément ne saurait à lui seul délimiter le champ d'application du régime: la notion d'oeuvre d'art originale dégagée par le code général des impôts repose en effet essentiellement sur une analyse des caractéristiques techniques des oeuvres (matériau, support, mode d'exécution, nombre d'exemplaires, etc.), et non sur une quelconque appréciation de leur contenu."

Alors, oui, le raisonnement tient sur le plan intellectuel, par contre on s'en cogne de Tirkrit, pourquoi ? Parce que le gars, il n'est tout simplement pas établi en France, selon sa bio il est entre Berlin, New York et Bangkok. Conséquence : il ne tombe pas sous le coup de la législation française.

Par contre, pour Raphaël Charpentié, jeune (oui bon plus tout à fait) artiste établi en France, travaillant entre Strasbourg et Séoul, lorsqu'il fait de l'acte de cuisiner un geste, un travail relationnel, nous sommes dans ce cas en face d'un acte artistique : ce n'est pas ce qui est fabriqué (les plats, le plan,...) qui constitue l'oeuvre, mais bien l'ensemble de l'opération ou du processus (ou encore du protocole) qui est mis en oeuvre.


Le texte de la lettre ministérielle se poursuit ainsi :

"Le législateur a entendu réserver le bénéfice de ce régime aux auteurs d'oeuvres présentant un caractère véritablement artistique. Les caisses primaires d'assurance maladie, la Maison des Artistes et l'Agessa, organismes agréés en application de l'article L. 613-4 du code de la sécurité sociale doivent donc, chaque fois que les dossiers soumis à leur examen ne permettent pas de se prononcer avec évidence sur ce point, demander l'avis de la commission professionnelle qui a toute compétence pour apprécier le caractère artistique des oeuvres et, par là même, la nature de l'activité des intéressés."

En ce sens, la commission professionnelle pourra, pour formuler son avis, prendre en considération un certain nombre d'éléments, parmi lesquels :

  •  le métier,
  • la part de création
  • le dépassement d'une simple mise en valeur de la matière,
  • la destination de l'oeuvre (objet utilitaire ou non),

ainsi que:

  • la formation de l'intéressé,
  • la référence à un circuit de diffusion,
  • les travaux antérieurs.

 

Il est enfin précisé plus loin, au chapitre "Artistes aux activités non traditionnelles" (la blague) :

"Les actions suivantes: performance, intervention, happening, art vidéo, etc., et d'une manière
générale les activités artistiques non traditionnelles peuvent justifier l'affiliation de leur auteur
au régime de sécurité sociale des artistes plasticiens lorsque la prépondérance d'une
démarche plastique créatrice est reconnue.
L'intention de l'artiste, son circuit de reconnaissance et de diffusion, son mode de
rémunération sont des éléments susceptibles d'être pris en considération par la commission
professionnelle compétente."

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